Ukraine et Carrelages

05/05/2022 0 Par ebrisseau

Le prix du carrelage flambe, les délais de livraisons s’allongent à cause de la guerre en Ukraine

La guerre en Ukraine et l’envolée du prix du gaz mettent le monde du carrelage sous pression. Implantée en Normandie et Bretagne, la société spécialisée Torchio craint des mois compliqués et des pénuries.

Née dans la Manche en 1975, l’entreprise dirigée par Jean-Charles Kies et Bruno Herbert emploie quatre-vingt-cinq personnes réparties dans huit sites en Normandie et Bretagne.
Née dans la Manche en 1975, l’entreprise dirigée par Jean-Charles Kies et Bruno Herbert emploie quatre-vingt-cinq personnes réparties dans huit sites en Normandie et Bretagne. | MICHEL COUPARD, OUEST-FRANCE

« Nous ne sommes pas capables de nous engager sur les prix à plus d’une semaine », regrette Jean-Charles Kies, directeur général de la société Torchio, dont le siège est à Hambye, dans la Manche. Depuis le début de la guerre en Ukraine, le marché du carrelage traverse une instabilité inédite. Les prix grimpent, tirés par le cours du gaz, qui représente « entre 40 et 45 % du coût de fabrication », selon la PME, membre de groupement Algorel, troisième force d’achat en France.
En Italie et en Espagne notamment, où se trouvent les principaux fabricants européens, les usines de céramique utilisent des fours particulièrement gourmands. Ils ne sont coupés que lors des périodes de maintenance en hiver. En un an, le prix du gaz est passé de 6 € du MWh à 150 € du MWh, avec des pics à 300 €. « En 2021, nous avons eu plusieurs augmentations successives, que nous avons absorbées en partie. Jusqu’à la crise ukrainienne… », présente Jean-Charles Kies.

Les délais s’allongent

Car le gaz n’est pas le seul matériau à monter en pic. L’industrie utilise principalement de l’argile d’Ukraine, appréciée pour ses propriétés physiques et sa blancheur. Le conflit demande à toute la filière de se réorganiser. « Il y a de l’argile de qualité en Sardaigne, en Bretagne ou en Allemagne, mais la demande est supérieure à la capacité de production », observe le dirigeant. Dans ce contexte, les usines préfèrent se recentrer sur les produits les plus courants. Certaines envisagent de se mettre en pause, plutôt que de produire à perte.

« Nous avons déjà des délais de livraison pour juillet. Ça va générer des pénuries, prédit Bruno Herbert, le second directeur général de Torchio. D’autant que toute l’Europe, par anticipation, a passé d’énormes commandes et vidé les stocks. »

« Nous sommes inquiets pour nos clients »

Pour la société, l’heure n’est toutefois pas à la panique. « Nous sommes suffisamment structurés pour faire face à cette crise pendant un an. C’est pour nos clients que nous sommes inquiets », indique Bruno Herbert, qui suppose que les particuliers seront moins pénalisés. Pour les gros chantiers et les commandes publiques, l’addition risque en revanche d’être salée. « J’ai un dossier sur Cherbourg : entre l’accord-cadre sur la fourniture et le prix aujourd’hui, c’est 40 % d’écart », raconte Jean-Charles Kies. Le secteur craint, par ailleurs, que des donneurs d’ordre temporisent, ce qui aurait des conséquences pour les entreprises dans quelques mois.

Source : https://www.ouest-france.fr/normandie/manche/reportage-guerre-en-ukraine-le-contexte-international-fait-grimper-le-prix-du-carrelage-75284304-b045-11ec-bac3-54faba916d73